Semaine fruitée à Cromwell.

By 3 février 2013Nouvelle-Zélande, Travail

Fruitée, fruitée… Peut-être un peu trop.

Bref, pour me faire une petite idée de la dure labeur de fruit picker en Nouvelle-Zélande, j’ai décidé de pointer ma boussole vers la petite ville de Cromwell, ville vivant au rythme des cultures environnantes, et donnant du travail aux backpackers de tous poils, aussi bien qu’aux locaux en balade.

Je ne savais rien de Cromwell, ne connaissais même pas l’existence de cette ville. Un bijoutier de Queenstown, qui s’est avéré être Suisse Français (ils sont rares, les Suisses Français en Nouvelle-Zélande), m’avait parlé de cette ville quand je lui ai dit que je cherchais du job.

En effet, à peine arrivé dans la ville, et avant même d’avoir un emplacement pour caser mon hamac, j’avais dégotté un boulot de picker. Dans les cerises. Moins casse-dos que les vignes…

Bref, le soir même, petit check in à l’entreprise, Cherry Corp. Longue explication inutile sur les consignes de sécurité, et comment cueillir les cerises, ce qu’est un arbre, un bourgeon; ou encore qu’il ne faut pas grimper aux arbres ni danser sur les seaux… Un pur moment de rigolade.

Le jour suivant étant libre, petite visite de Cromwell. L’endroit semble calme, mais sans être mort. Il y a tout ce qu’il faut dans un espace vraiment minimal : une piscine, des terrains pour absolument tous les sports, un circuit automobile, des magasins pour… tout, un bar, 5 ou 6 restaurants de nationalités différentes… Le tout encerclé de montagnes et pas loin des stations de ski. Et au bord d’un lac, aussi. Vraiment étonnant.

Mais bon, il ne faut pas non plus d’attendre à la ville miracle : c’est moche. Le centre-ville vaut le détour, mais on retrouve ce soupçon de banlieue américaine dès qu’on le quitte. Tout se ressemble, et seules les plantes font qu’une maison est différente d’une autre.

Le centre-ville reste classe.

Le centre-ville reste classe.

Bon, j’ai dû rapidement troquer mon hamac contre une tente bas de gamme, à cause des bourrasques venant d’un côté, puis, en 5 minutes, soufflant beaucoup plus fort mais dans l’autre sens. Le nombre de fois où j’ai dû réarranger ma bâche en une journée était sincèrement trop.

Première nuit donc, puis réveil à… 5h14 très exactement. Le camping se déplace comme une seule masse vers les cuisines. Aucun mot échangé, des yeux encore en train de dormir. La pure joie. A 5h50, quelqu’un m’emmène chez Cherry Corp, mon entreprise. En ligne, on rentre dans un bureau pour prendre un bandeau plein de stickers avec un code barre et un nombre en dessous. Moi, j’étais 12112. Allons bon, je suis un nombre, ici ? Quelle joie.

Une échelle dans une main, on se dirige vers les rangées de récolte, du même pas ensommeillé qu’au réveil. Et puis, un picker de chaque côté de la rangée, on prend des cerises, qu’on doit mettre dans un seau porté par un harnais. Une heure. Bah, ça pourrait être pire. Deux. Pourquoi ça a autant de feuilles, un arbre ? Trois. Bon, c’est pas le tout, mais c’est quoi la suite du programme ? Rien ? Ah. Quatre. Il y a plus épanouissant tout de même. Cinq. On m’appelle ? Mais oui ! One twelve ! Je reconnais mon nom ! On me présente des seaux, remplis au quart. Visiblement, c’est ce que j’ai dû mettre comme cerises irrecevables dans mes seaux. Et ça ne passe pas. Bon, je suis renvoyé « chez moi » pour la journée. Pas plus mal, je commençais à m’ennuyer. En fait, le contrôle qualité est tel que la moindre craquelure sur une cerise, si grosse et juteuse qu’elle soit, la rend irrecevable. Le choix est donc de la manger ou de la jeter à terre. Et… C’est parfois vraiment difficile de laisser tomber de si belles cerises.

Les jours s’enchaînent, et, en plus de devenir un pro de la cueillette, j’apprends au matin combien un seau rempli nous rapporte. 6$. Pour 5kg de cerises. Ah, aïe. Si ce n’était que ça, ça irait. Mais en fait, chez « Cherry Corp », bien plus que chez d’autres, on nous prend pour des billes. En gros, si on fait moins que 13,5$ par heure, ce qui est le SMIC local, on nous dit qu’on leur fait perdre de l’argent. Bien sûr, oui, un kilo étant revendu 20$ en moyenne en grande surface, on essaye de nous faire gober qu’en générant 200$ en une heure, on est capables de faire perdre de l’argent à la compagnie… De plus, le travail est de 6 heures du matin à … 6 heures du soir, le tout sous une température moyenne, à l’ombre, de 25°. J’aurais tenu une semaine, c’est déjà pas mal…

Le souci, c’est sûrement d’apprendre que le même travail était payé deux fois plus dix ans auparavant. On se dit quand même qu’il y a un problème quelque part.

Mais ce n’était pas ma seule raison pour stopper : j’avais trouvé mes jours parfaits pour me balader, faire ma première rencontre avec les Great Walks, et plus particulièrement le Routeburn Track…

Mais bien sûr, je n’ai pas détesté cette semaine, même si le travail était dur et peu lucratif, tout le monde travaillait dans les mêmes lieux, et on s’échangeait nos records de seaux à la journée (ce gars qui en faisait environ 70… !), et rencontrer des anciens de Picton était vraiment sympa.

Join the discussion 2 Commentaires

  • Quertu dit :

    Ah bah en voila du concret sur le fruit-picking en NZ ! J’en connais quelqu’un qui seront ravis (au moins !) de lire ça.

    Sinon Cromwell… bah en dehors du gros panier de fruits géant, j’y suis resté pour du hitch, rien de plus (et ça m’a suffit !).

    • solomai dit :

      Je l’ai même pas pris en photo, shame on me ! Mais c’est vrai que c’est vraiment une ville faite pour ça, et uniquement ça.
      Heureux d’apprendre que ça fera plaisir à certains !

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