L’île Stewart et le Rakiura Track

Pendant une semaine, j’ai erré de lieu en lieu, attendant impatiemment l’arrivée d’une nouvelle paire de lunettes, évènement m’ayant hélas empêché de participer avec un ami (le coureur Allemand, pour ceux qui suivent !) à une marche de 5 jours dans la sauvage île Stewart.

Et puis, elles sont arrivées. Et l’espoir, l’envie de bouger avec elles. Parce que des lunettes noires sur le nez du matin au soir, c’est pas vraiment fait pour arranger le moral.

L’île Stewart était, pour moi, une destination incontournable, quelque chose d’inratable, de génial; une île dont le cœur aurait su conserver une image de la Nouvelle-Zélande telle qu’elle était avant même l’arrivée des chasseurs Maoris.

Et je n’étais pas complètement en tort.

Pour commencer, accéder à l’île se fait par deux moyens : l’avion, ou le ferry. En gros, vous avez le choix entre une traversée plutôt longue inconfortable à une des pires latitudes de l’hémisphère Sud, ou une autre courte mais confortable et offrant des vues imprenables sur la région. Eh bien, aussi étrange que cela puisse paraître, la première solution, qu’on pourrait penser hors de prix, est finalement moins chère que la plus inconfortable. J’ai demandé à pas mal de monde pourquoi c’était ainsi, personne n’a su me donner la raison. Logique.

Bref, parti à 8 heures de mon auberge tranquille d’Invercargill, je marche pendant une heure vers l’aéroport, où j’apprends d’ailleurs le poids du sac avec lequel je vais devoir marcher (17kg, je crois que j’ai pris un peu de superflu.), et direction l’avion, une sorte de petit coucou de tourisme, assez grand pour y placer 8 personnes, pilote compris.

Vol rapide, sans encombres et vues imprenables sur la région baignée par le soleil matinal. Puis atterrissage à Oban, la « capitale » de l’île. Rien de prévu, et même pas une simple idée de par où je dois commencer. Bon… Je m’arrête dans une « French-kiwi Crêpery », commande quelque magnifique crêpe banane/chocolat, et repart en direction du DOC pour réserver mes huttes. Moins chères que sur la Routeburn, bien heureusement.

Et c’est parti pour une longue marche le long de la route, jusqu’au début de la Rakiura Track. Des petites baies bordent la route, présentant étrangement un aspect proche de l’Abel-Tasman. Ce qui n’est pas pour me décevoir. Partout, des fleurs, des arbres, des oiseaux multicolores nous entourent, et nous submergent presque. Se détacher de la route me semble alors impossible. Jamais de ma vie je n’ai vu plus luxuriante et dense forêt, nous étouffant presque de ses lianes oscillant doucement dans le vent.

Puis, une plus grande baie. Quelques habitations isolées, à quelques mètres d’une plage, bordent le chemin. Un endroit certes paradisiaque mais incroyablement isolé. Les habitants doivent avoir bien du courage… La route continue. Du macadam on passe au gravier, et du gravier à la terre. Un bus touristique me passe à côté, soulevant derrière lui un nuage de poussière. Je ne pensais pas en revoir ici… Puis, dans la forêt, une trouée apparaît, s’agrandit, s’éclaircit. Et la route, qui m’aura coûté deux barres de céréale, et un quart de ma gourde, arrive à une fin. Et l’autre, qui devra me coûter 3 jours, commence alors.

Pas le temps de m’arrêter, j’enchaîne, et entame ma route directement. La « chaîne » me salue alors, étonnant monument perdu au milieu de la forêt.

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Sans cadenas que serait une chaîne ?

Puis je marche. Dans tous les sens, des arbres une végétation telle que rarement je n’en ai vue, du vert à perte de vue, sauf dans de rares trouées dirigées vers la mer, où un paysage mélangeant Queen Charlotte et Abel Tasman se dessine et disparaît d’un coup.

Des bruits, venant des environs, m’entourent, m’encerclent, me plongent dans le mystère. Et parfois, au détour d’un regard, un petit oiseau s’approche, un fantail curieux ou quelque autre oiseau qui ne connaît la notion même de prédateur. Puis, un bruit de craquement plus fort que les autres, en une fraction de seconde je me retourne, scrute la végétation et aperçoit de grandes oreilles poilues, puis une tête de… de biche, oui, dont les yeux vifs me regardaient avec frayeur. Un mouvement pour prendre mon appareil photo, et déjà elle disparaissait en sautillant dans les bois. En effet, cette espèce à été introduite sur l’île un peu par erreur, et la chasse n’en est pas restreinte.

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Qui de nous deux détachera son regard le premier ?

Les trouées s’amenuisent, puis disparaissent. Les sons m’entourant deviennent confondus, comme un bruissement qu’on finit par ne plus écouter. Les arbres se redessinent encore et encore, le chemin monte, descend, remonte encore. De plus en plus un sentiment auquel je ne m’attendais pas dans un endroit comme ça s’insinue en moi. Et une éclaircie apparaît enfin dans la forêt sans fin.

Ma première hutte se dresse devant moi, au milieu des bois, et proche d’une plage. Accueilli par un couple de rangers vivant ici, je me trouve un lit, grignote un peu de mon pain, et vais voir les environs. Dans les arbres s’amusent des pigeons locaux, grignotant les quelques baies sèches s’y trouvant; et sur la plage d’étonnantes paillettes de mica ressassées par les vagues venant s’échouer, ressortant perles dorées sur le sable sombre.

Le lendemain, retour sur le chemin pour 5 ou 6 heures de marche, presque uniquement dans la forêt cette fois. Et encore, doucement, je m’avance pendant les premières heures, regardant la provenance de chaque bruit, sous l’œil de ces grands perroquets verts nommés parakeet, et de ces petits fantails vraiment curieux. Puis, peu à peu, les bruits se rassemblent en un seul, puis disparaissent entièrement, de même que ma notion du temps. Je marche depuis des heures, je n’ai rien vu d’intéressant. Ce sentiment d’hier revient. L’ennui, voilà. Moi qui avait fait la Routeburn Track quelques temps plus tôt, cette walk s’est finalement avérée… Ennuyeuse. Et plus on s’ennuie, plus on pense, moins on a conscience de ce qui nous entoure, et finalement, on se retrouve à marcher au milieu de pensées, les yeux fixés sur nos pieds, se demandant quand enfin ça s’arrêtera.

Au détour d’un pont, je croise enfin de la vie sur cette section : un homme, visiblement pressé, court vers la hut où j’ai passée ma nuit d’avant. Il s’était apparemment trompé de chemin, et avait fait 3 heures de marche sur une section bien plus difficile juste avant. Courageux, le type. Il m’indique au passage que je suis à environ 45 minutes de ma seconde hut.

45 minutes ! J’accélère le pas, autant que je le peux avec mon sac bien trop chargé sur le dos. Puis, enfin, après quelques temps, une cabane de bois se dessine. Je cours vers l’abri merveilleux, me couche sur un matelas et repose mes pieds. Et décide encore d’explorer les environ. Plus un oiseau, plus de plage. Plus de ranger non plus. Je sors un bouquin de mon sac et commence à lire au soleil (il m’aura au moins servi lui !), et est dérangé plus tard par un homme qui avait ramassé des moules sur la plage en contrebas et en offrait à tout le monde. Un délice que ces moules sauvages ! Les fruits de mer m’ayant ouvert l’appétit, je sors de mon sac quelques paquets de noodles, et la soirée se déroule ainsi, dans la bonne ambiance de la hut.

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Rien de plus efficace que le bon vieux réchaud militaire !

Puis, avant d’aller dormir, je rejoins les toilettes situées à une vingtaine de mètres de la maison principale. En sortant, un petit bruit de craquement dans la forêt attire mon attention. Je rester planté là, à écouter le bruit, attentivement, cinq, dix minutes, jusqu’à ce que je braque ma torche dans un chemin, et y voie le tant recherché kiwi ! Je le regarde, il me regarde, cinq secondes, et s’enfuit dans la forêt. Étonnante bestiole que ce kiwi. Haut d’environ soixante-dix centimètres, c’est une boule de plumes avec deux pattes en dessous et une petite tête et un long bec au dessus. Les bruits disparaissant, je rentre dans la hut me coucher, le cœur léger (je voulais le voir lui !), sans oublier de me vanter auprès de deux ou trois personnes à l’air dépité.

Le jour d’après, rien ne sert de le raconter : en effet, je n’ai pas vu un seul oiseau (même en cherchant bien), et c’était encore une marche perdue en forêt. Une déception cette fois encore.

Puis, retrouvailles avec Oban, la crêpery, et ses chiens. Déçu par la Rakiura Track, je décide de reprendre un avion vers Invercargill le soir même, sans vraiment explorer l’île plus en profondeur.

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Et on ose se plaindre de la place pour les pieds dans les Airbus…

Toute déception a sûrement une explication : à l’auberge, j’ai revu un homme que j’avais croisé sur le chemin, et qui avait fait un plus long chemin que moi, allant jusqu’à la Mason Bay, de l’autre côté de l’île. Et là, les paysages étaient vraiment magnifiques et colorés, plus divers, et les oiseaux plus présents (moins de marcheurs oblige). Je ne regrette cependant pas d’y être allé, sur cette île, rien que pour le kiwi, et l’atmosphère générale de la ville d’Oban, très tranquille et vraiment sympathique.

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  • manue martin dit :

    hello boy! happy birthday to you …. Nous suivons avec interet ton aventure, quel voyage….La famille Martin te souhaite donc un trés joyeux anniversaire, vive les 19 ans à l’autre bout du monde. Une petite pensée donc de la France ensevelie sous la neige…Bisous et bonne route.

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