Le Queen Charlotte Track et le Mont Stokes

By 16 décembre 2012Nouvelle-Zélande, Randonnée

C’est censé se passer comme ça. Dans ma tête du moins. J’étais bien parti pour quelques temps de glandage intense en recherche de job dans ma petite auberge de Picton, et au fil d’une discussion avec deux mecs de mon âge, un allemand et un suisse, je me suis retrouvé embarqué dans un périple de 3 jours de marche intensive. Paf, comme ça, les pieds dans le plat.

Après une petite préparation, et achat de provisions (par provisions, j’entends « beaucoup de pâtes), nous voilà sur la route, pour aller plus haut sur le Queen Charlotte Sound, et rejoindre la track, ou walk, d’un point situé plus haut. Entière, elle est prévue pour environ 3 à 5 jours, suivant votre rythme. Oui, mais non.

La route est vraiment très sinueuse, on aura du mal à trouver une ligne droite de plus de 50 mètres, ou encore un virage à moins de 45°. Pendant quinze minutes, ce serait acceptable, mais pour 3 heures de route, ça devient de suite moins amusant.

Rendus sur place, petit check out de notre équipement. Mon hamac, mon sac de couchage, quelques vêtements de rechange, des affaires de toilette, quelques ustensiles, à manger… Ça n’aurait pas été trop dur de porter ça, si, partage oblige, je n’avais pas eu besoin de porter le réchaud à gaz, d’une taille très respectable. Je m’en tirerais finalement avec un peu moins d’une dizaine de kilos de bardas.

On commence, tranquillement, à marcher au milieu des sounds du Nord de l’île du Sud. Je voulais du dépaysement, j’en ai eu. Longeant la côte, le Queen Charlotte Track évolue dans un paysage incroyable : on marche dans une végétation luxuriante, presque tropicale, le long de longues collines dont les bases sont noyées dans la mer en contrebas. Partout, des petites baies, des criques, ou autres, offrent une vue irréelle de plages perdues au fin fond d’une immense vallée, séparées complètement du reste du monde par un mur de verdure.

CIMG0649

Partout ce bleu et ce vert se rejoignent…

Quelques animaux viennent tout de même nous voir. En premier, j’ai eu droit à une libellule très photogénique (il a fallu que je la touche par inadvertance avec l’objectif de mon appareil photo pour qu’elle s’en aille…), puis à beaucoup d’oiseaux au formes et couleurs parfois étonnantes, et aux cris harmonieux.

On continue notre chemin durant quelques heures, s’arrêtant pour quelques minutes de temps à autres, pour quelques photos et pour reprendre des forces. 10 kilos, c’est lourd.

Le soleil commençait à décliner derrière les collines lorsque nous avons atteint notre première destination : le Miner’s Camp. Il faut savoir que le long des grandes marches dans les parcs nationaux, il est interdit de camper où on le veut, de nombreuses terres sont privées, et si jamais vous ne respectez pas la règle, et que vous êtes trouvés, vous écoperez d’une amende de pas moins de 200$. Ça fait assez cher la nuit. Il faut donc trouver un camping (il y en a énormément), qui vont de 6 à 10$ la nuit. On s’en passerait bien, mais c’est pour préserver un maximum la nature aux alentours.

Petit dîner frugal, à base de pâtes, et on installe notre campement. Pendant que mes compères se débrouillent avec leur tente, je me trouve un endroit où caser mon hamac. Pas si dur que ça à monter, finalement !

Campons heureux !

Campons heureux !

Pour ceux qui se demanderaient, ce hamac est un Hennessy Hammock Asym Expedition.Ça pèse à peine un kilo, ça ne prend pas de place, et c’est vraiment très confortable. Mais il y a tout de même quelques problèmes. Le premier, je n’ai pas trouvé de moyen pour ranger mon sac, et le mettre à l’abri de la pluie. Le second, et pas le moindre, il faut soit avoir un feu sous la bâche, soit avoir un sac de couchage qui tient la route. Et j’en ai fait les frais la première nuit : un vent très fort s’est mis à souffler, glacial, m’empêchant complètement de dormir, me gelant par en-dessous. Même si mon sac de couchage s’avère être très efficace, il n’a pas pu bloquer ça. Résultat, une nuit passée à écouter le bruit du vent en cherchant un moyen pour se protéger du froid.

Mais cette difficile nuit n’a entamé en rien mon enthousiasme à continuer notre marche. Vers 8 heures et quelques nous repartons, gardant en tête le fait que nous devons atteindre la fin de notre route avant 15 heures.

Pas d’énorme changement le long de notre route, si ce n’est que mon mollet droit et mon genou gauche me font souffrir à chaque pas. Pas génial, mais je ne me plains pas. Après environ 4 heures de marche, le long de la côte, nous arrivons à la dernière étape, une sorte de mont, avant d’atteindre la Ship Cove, lieu où le Capitaine Cook était arrivé sur l’Île du Sud.

10 kilos sur le dos, une pente à environ 40°, pas d’entraînement. Mes compères, un coureur allemand et un bûcheron suisse, n’auront eu aucun problème. Mais pour le pauvre sédentaire normand, ça aura été une autre paire de manches. Le Mont Eden était drôlement simple à grimper, tout de même ! Ma gourde vidée, ainsi que le reste de mon énergie, j’atteins le sommet. Des baies partout, une vue de très haut sur la région des sounds. Mais les 3/4 de la vue étaient hélas cachés par d’immenses arbres. On redescend, jusqu’à la mer. Ça fait environ 250 mètres de descente tranquille. Par tranquille, j’entends 40° aussi…

Arrivé en bas, je m’allonge dans l’herbe, content d’avoir traversé 27km sac de 10 kilos sur le dos, et cela sans aucun entraînement. Petit repas, je cherche dans mon sac le réchaud, et vais l’apporter sur un table non loin de là. Je reviens vers mon sac. Quelque chose de pas normal. Un énorme piaf, portant une barquette blanche dans son bec, la tête dans mon sac. Barquette blanche. Mon sac. MA barquette blanche. MA viande ! Pris d’un élan de haine envers la bestiole (c’est ma viande, non mais !), je cours vers l’animal, qui s’enfuit alors dans la végétation alentour avec son butin. Impossible de la suivre. Sale bête.

Un bateau nous ramène là d’où on était partis, un autre camping. Je dépose mes affaires, cale mon hamac, et vais rechercher des provisions dans la voiture. Un petit tour dans les environs, et je reviens là où je m’étais établi. Mon sac de provisions éventré. Des coups de bec dans mon paquet de céréales. Je crois n’avoir jamais autant détesté un animal de ma vie. Heureusement cette fois, pas de grosse perte à déplorer, si ce n’est la disparition de mon dernier kiwi.

Un sommeil plus calme (à l’abri du vent, ça aide !), et, au petit matin, réveillé par les cris aux alentours de milliers d’oiseaux. Une paix absolue. Le genre de moment où tu es vraiment heureux de te mettre debout. Je vais sur la plage, non loin de là. Me réchauffant dans le soleil du matin, je m’assois et écoute. Des oiseaux criant des milliers de notes diffuses, des vaguelettes s’échouant doucement sous le rivage. Un lieu de paix absolue.

Calme... Douceur.... Parfait.

Calme… Douceur…. Parfait.

On reprend la voiture pour la dernière étape de notre expédition, le Mont Stokes. C’est le point culminant des Sounds, s’élevant à environ 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le début de la marche, même s’il est difficile, est assez sympathique : dans les bois, on saute au-dessus d’arbres en travers du chemin, on monte sur des pierres, on descend sur d’autres, glissantes; le tout avec un à-pic d’une cinquantaine de mètres à côté.

Une partie très calme et tranquille, et ici la vraie marche commence, celle que ne peut suivre le sédentaire normand. Environ 600 mètres de grimpette sur une distance d’un peu plus d’un kilomètre. Ça grimpe dur, très dur. On passe du paysage quasi tropical au paysage de sous-bois, puis au paysage de basse montagne, et enfin à celui de haute montagne.

Mais j’étais bien évidemment trop rincé et concentré sur la montée que je n’ai pas vraiment pu en profiter. Après 2 heures environ de lutte acharnée, ce qui est un score vraiment honorable, il est prévu pour durer trois heures; j’arrive au sommet. Et on à là la vue sur toute la région des Sounds, et même beaucoup plus : les montagnes de l’île du Sud, ou encore la région de Wellington ! En l’absence de nuages, il est dit qu’on peut voir jusqu’au Mont Tongariro, au centre de l’île du Nord. Mais la vue était hélas bloquée sur ce point.

Et Solomai prend de la hauteur...

Et Solomai prend de la hauteur…

Un beaucoup de photos, une pomme, un repos, et on est repartis pour la descente beaucoup plus amusante que la montée. Courant entre les branches, moi qui me faisait distancer par mes équipiers dans la première partie les distançait presque cette fois. Mais parfois, slalomer entre les rochers sur un pente à 50° avait quelque chose de dangereux. Et de fatiguant.

Retour à la voiture, puis au lodge. Une vraie douche, un petit tour dans le bain chaud. Un pudding au chocolat. Jamais je ne l’aurais autant apprécié celui-là. 10 heures de sommeil. Et je peux enfin tout raconter.

Join the discussion 2 Commentaires

Une réaction ? Une question ? N'hésitez pas à commenter !