From Nelson to Hokitika

(Aujourd’hui, le 16/01/2014, je me rends compte que cet article est étrangement complètement différent du reste de mon blog. La West Coast a été pour moi une expérience éprouvante puisque faite de ratés sur ratés, et je ne me sentais vraiment pas bien dans cet endroit, à la limite de la déprime et du « je veux rentrer ». Heureusement que ça s’est fini quand je suis arrivé vers Wanaka. Finalement, c’est plutôt bien retranscrit. Rappelez-vous, un voyage aussi long ne comporte pas que des merveilles, même si il y en a énormément !)

Après avoir usé mes bras dans l’Abel Tasman, j’avais clairement besoin de repos. Oui, je suis fainéant, et alors, j’ai le droit.

J’ai du rester alors environ une semaine dans la ville de Nelson. Sûrement ce qui sera une des semaines les plus inintéressantes de mon voyage, puisque je n’ai strictement rien fait. Il faut reconnaître que l’auberge de jeunesse que je fréquentais avait ce je ne sais quoi d’incroyablement attachant, ce genre de chose qui fait qu’on ne fait rien, et qu’on en est content. Le WiFi gratuit, peut-être.

Mais, au bout d’une semaine, et me disant : « non, il faut que je bouge pour le jour de l’an », j’ai décidé d’envoyer une demande de HelpX dans un bout de la West Coast, en ayant clairement en tête le projet d’aller visiter les Nelson Lakes, étant assez habitué aux refus sur mes demandes.

Et forcément, la réponse s’est avérée être positive. Tous les plans trafiqués autour des lacs se sont effondrés, mais au moins, j’avais une place ou rester. Enfin, j’espérais en avoir une.

Départ de Nelson. Le sourire aux lèvres, le sac sur le dos, je marche quelques trente minutes pour trouver un point sympa pour jouer du pouce, et me pose, tout va bien. Quelques voitures passent. Rien de grave, je me dis juste que ce ne sera peut-être pas aussi simple que les fois précédentes. 10 minutes passent, le sourire est toujours présent, et s’affiche pour tous les « ah, désolé » s’affichant sur la tête des conducteurs. 30 minutes. Oui, bon, vous baissez les vitres pour me montrer vous-même vos pouces, tout le monde a des problèmes dans la vie. 1 heure. Une voiture s’arrête, enfin ! Ah… Il me dépose 10km plus loin. Pas grave, plus que 230. Reprise du pouce. 1 heure. Rien. 2 heures. Il pleut, là. 2 heures 30. C’est pas que c’est de l’orage qui me tombe dessus, là, mais tout de même, les éclairs, ils me le font croire. Pourquoi vous me regardez tous avec cet air désolé ? Moi aussi je suis désolé, je dégouline de partout, mes sacs prennent l’eau, et vous êtes désolés ? Mais vous pouvez bien faire quelque chose ! J’ai bien envie d’utiliser un autre doigt que le pouce… Non. Mauvaise idée. Je suis rejoint par un allemand, parler à quelqu’un, ça évite de péter les plombs. Heureusement qu’il est venu, lui. 30 minutes plus tard, une voiture s’arrête. Pour faire 20km cette fois. Bon, je ne vais pas dire non, un lift de 20km, c’est toujours mieux que de rester planté là à regarder les automobilistes être désolés. Encore 30 minutes sous la pluie. Une vieille dame nous prend dans son van, et nous dépose dans un camping, quelques dizaines de kilomètres plus loin. Enfin, pendant mon compagnon d’infortune lui parlait, moi, à l’arrière, somnolait à moitié sur le sol. Arrêt au camping. L’allemand n’a pas de logement sur lui, et mon hamac craint trop la pluie et le vent pour l’utiliser dans ce genre d’endroit. La nuit tombe presque, lorsque enfin s’arrête un campervan, avec (encore) des allemands dedans. Très sympas, ils acceptent de nous emmener jusqu’à Westport, où nous pouvons passer la nuit. La nuit tombant dans les gorges et la route accidentée conduisant à Westport rend l’endroit énigmatique et mystérieux, les eaux sombres coulant doucement entre les parois vertigineuses des montagnes environnantes.

Arrivée dans l’auberge de jeunesse à Wesport, re-départ, la peur du jour précédent encore gravée dans nos mémoires. Mais après dix minutes d’attente, un gars nous prend et nous emmène directement à Greymouth 100km plus bas. Après une heure d’attente, un docteur d’origine indienne nous prend, et m’arrête dans la petite ville d’Hokitika. Mon coéquipier allemand se rendant vers Queenstown aura poursuivi plus loin.

C'est lui qui a insisté !

C’est lui qui a insisté !

Bon, je ne suis plus loin maintenant. J’appelle le numéro de la ferme. Après 3 essais, une voix de femme me répond. Une demi-heure, et ma souffrance est enfin terminée.

Pour ceux qui ne savent pas, le HelpX est un principe relativement similaire au WWOOFing : un réseau de fermes, de backpackers, et autres particuliers cultivateurs, qui demandent à des personnes intéressées de venir, et de travailler environ 4 heures par jour en échange d’un logement et de nourriture. Dans la plupart des cas, les consignes sont respectées par les deux camps, mais j’ai déjà vu sur Internet des cas où les employeurs « exploitent » les helpers, 7 à 8 heures ou plus de travail par jour, une nourriture approximative, et des matelas miteux. Mais c’est rare.

On m’explique rapidement ce que je dois faire. Le matin, à 5 heures du matin, ou bien le soir à 15 heures, je dois m’occuper de la traite des vaches. Vu qu’il y a déjà deux helpers dans la maison principale, je dois aller chez le père de l’exploitant, et « sabler » un tracteur. Ah, bien…

Entre temps, je fais la connaissance de Pete et Dianna, qui s’occupent de la ferme; Kevin le père de l’agriculteur, Caitlin, Amy, Lara et Mackenzie les (jeunes) enfants (de 4 à 11 ans), et les très sympathiques chiens Billy (magnifique Colley de 6 mois et très joueur), Swomp (vieux chien borgne, calme et paresseux de 13 ans), et Phoebe, chienne de 7 ans marchant sur 3 pattes, à cause d’un problème au tendon. Et aussi le chat Sssssmoosh.

Premier repas, entouré des deux helpers, qui s’avéraient être des helpeuses, bien évidemment allemandes. Des sauces, de la charcutaille, des légumes cuisinés… Ah, j’avais presque oublié que ça existait ! Enfin, ça fait toujours plaisir, même si le goût reste anglais.

Première nuit dans un gigantesque lit 2 places, seul dans la chambre. Royal. Au matin, on m’explique ce que vient faire du sable dans un tracteur. En fait, c’est grâce à un engin sous pression qu’on envoie du sable pour virer la rouille. Il faut noter que le tracteur en question est un bon vieux modèle de 1950… Ça aurait pu être amusant si seulement ça avait fonctionné.

Ensuite, traite des vaches. 40 steaks sur pattes de chaque côté d’une barrière, l’arrière train tournés vers nous, qui sommes dans une fosse en centre. On place les aspirateurs sur les pis et c’est parti. Pour deux heures de mains de plus en plus couvertes de bouse, et d’esquive in-extremis de grosses commissions. Pete aura été moins chanceux que moi ce jour. Les vaches ne pardonnent pas… Une fois tout ça fini, quelques moments de jeux avec les enfants et les chiens. L’ambiance est calme, détendue, et (peut-être trop) familiale (tapisser tout le salon avec cadres « Family is happiness » et autres était peut-être un peu trop, enfin…), Pete sait détendre l’atmosphère, et les enfants nous intègrent directement.

S’occuper des deux chevaux aussi, dont un est en apprentissage, que j’ai d’ailleurs pu monter. De bons et de mauvais souvenirs qui remontent…

A la veillée du Nouvel-An, j’apprends que je dois me coller à la traite à 5 heures du mat le lendemain. Résultat, dodo à 10 heures, debout à 4 heures 30. Une expérience étrange et assez sympathique finalement, on apprécie difficilement autant un petit déjeuner qu’après avoir pataugé dans la bouse pendant deux heures avant.

Mais hélas, j’ai aussi appris ce jour que je ne pouvais pas rester. La pluie battante ne s’arrêtant pas, le travail devenait dur à trouver, et un seul helper finissait par être amplement suffisant. Ce qui devait être deux semaines s’est finalement terminé en 4 jours. Mais 4 jours très sympathiques.

Le retour était initialement prévu à 10 heures le lendemain, mais le risque de blocage de la route à cause de la crue des rivières a du faire rebrousser chemin à Kevin. Et en effet, à 4 heures, la route était presque totalement submergée, la rivière pas mal de mètres au dessus de la normale, les champs plus remplis d’eau que d’herbe. Absolument tout était inondé. On a alors emprunté une route différente, très « piste », mais évoluant entre montagne et lac, et passant au dessus de rivières devenues torrents.

Et voilà ce qu'on trouve au milieu des bois par temps de pluie.

Et voilà ce qu’on trouve au milieu des bois par temps de pluie.

Et la pluie continue, à tel point que la route vers mon point de chute suivant, le Fox Glacier, s’est retrouvée fermée en aval de ma position, et ce pour plusieurs jours. Il faut tout de même préciser que cette route est une State Highway, l’équivalent d’une autoroute française. En dimension Kiwi, mais quand même !

Petite précision : la route est fermée à cause d’une portion de pas moins de 30m de pont emportée par les flots. Et mon plan B, qui était de retourner vers le Nord et les Nelson Lakes est lui aussi rendu impossible à cause d’une portion de route emportée.

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  • Patricia Martin dit :

    une bonne année à toi qui n’était pas parmi nous cette année!! nous avons eu une pensée amusée en t’imaginant en train de traire les vaches si tôt, le matin!! je ne t’imaginais pas comme ça sur les routes à l’autre bout du monde, mais je dois reconnaitre que tu as l’air de gérer! alors bon vent pour cette année 2013 et profites-en bien! je dois reconnaitre que je suis un peu jalouse…..il est loin le temps où je partais en congé sabbatique! bisous

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