Premiers pas au Népal

By 24 avril 2017Népal

Le Népal. Un de ces endroits où seule l’évocation du nom vous fait penser aux plus grandes montagnes de la planète, s’élevant bien plus haut que les nuages, aux sherpas et aux yaks, portant des masses ridiculement lourdes sur les pentes de l’Himalaya, et aussi aux temples du bouddhisme né ici, recouverts d’or et de fanions aux couleurs vives. Une sorte de paradis en dehors du temps, où l’air pur et frais des montagnes peut à lui seul donner un sens à une vie de méditation et de sérénité.

Mais, avant tout ça, il y a Katmandou. Katmandou l’étrange, la folle, l’étonnante, l’incompréhensible. Katmandou la bruyante, la polluée. La riche, la sans-le sou. La rêveuse, l’artistique, la travailleuse. L’incroyable.

Trêve d’adjectifs, je vais reprendre au début.

Ayant dû m’exiler pour un temps au Népal, pour des raisons scolaires et professionnelles (et par dû, j’entends bien sûr voulu), j’ai pris mon envol un jeudi de Paris, Charles de Gaulle. Pendant le long vol et la non moins longue escale à l’aéroport de Mumbai, je ne savais pas quoi penser. Je ne savais pas à quoi m’attendre. J’avais beau lire tout ce que je pouvais sur la ville, jamais je ne réussissais à comprendre, à cerner ce qui était écrit. Elle pouvait être tout à la fois. Un lieu de passage comme un lieu de vie, l’enfer comme le paradis, la beauté millénaire comme la laideur éphémère.

C’est ainsi que j’ai posé le pied à Tribuvan, seul aéroport international du pays. Après de longues minutes passées pour avancer à travers les files quasi stagnantes de l’immigration, je me retrouve enfin dehors, où je cherche la pancarte avec mon nom inscrit dessus. Déjà on me bouscule pour que je prenne un taxi, ou mieux un bus qui me mènera vers une quelconque activité, ou bien une auberge de jeunesse qui n’a trouvé meilleur moyen de publicité.

Finalement je trouve mon nom, et après quelques échanges, je me retrouve avec un chauffeur au visage atypique, sans doute un adepte des misères de la vie, et bien peu loquace. Il parle à peine anglais, et ne me mène pas à la destination à laquelle je m’attendais. Allons bon.

Prenant mon mal en patience, je regarde, fatigué mais émerveillé, ce qu’il se trame en dehors de l’habitacle du véhicule. Si je devais mettre un mot dessus, ce serait « chaos ». La route, couverte de poussières qui me prennent à la gorge. Le trafic, partant dans tous les sens. C’est à qui passera le premier. Les trottoirs, couverts de détritus, de chiens errants, de femmes habillées de grandes robes colorées, de jeunes en grand décalage avec leur environnement alentour. De mendiants en tous genre, qui semblent pouvoir se briser à tout moment, par les trombes de vent déplacées par les camions qui leurs passent à quelques mètres. Les vaches au milieu de la route, que tout le monde évite consciencieusement, jusqu’à créer des bouchons. Et mon conducteur, qui se marre un peu en voyant mon air après avoir traversé un carrefour sans aucune règle apparente, manquant de se faire rentrer dedans par un minibus.

Finalement, l’endroit où il m’avait embarqué n’était que le bureau où j’allais passer trois mois. Rien ne sert d’avoir peur… Petit tour des bureaux, et je trouve ensuite l’endroit où je vais vivre. Chez un ancien collaborateur de l’entreprise, avec sa femme et sa fille de presque deux ans. Une sorte de lieu un peu hors du temps, où il n’y a peu de choses d’autre que le strict nécessaire pour vivre, et être heureux. Je ne me rappelle plus bien la fin de cette journée, si ce n’est une lutte contre la fatigue jusqu’au soir, où elle l’aura finalement emporté.

Le jour d’après, suivant mes onze heures de sommeil, je pris mes chaussures, et m’élança sur la route menant au centre névralgique de la cité, l’endroit où tout commence et tout finit pour des milliers de touristes tous les ans. Thamel.

rickshaws sous la pluie

Et c’est là que les choses deviennent difficiles. Parmi les nombreuses odeurs d’épices, d’encens, de fruits en tous genre qui m’arrivent au nez, de nombreux magasins, bouibouis et bazars s’étendent devant moi, dans des allées autrefois pavées, que la pollution et les poussières dans l’air, descendant lors des pluies, ont transformées en allées de boue, courant le long de ruelles sombres et étroites, où se croisent scooters et marcheurs, chacun ayant la priorité sur l’autre. Des enseignes douteuses, vendant nombre de produits non moins douteux, ponctuent le paysage. Des petits temples, qu’il est difficile d’admirer sans se faire aborder par un de ces faux guides baratineurs qui réussiront de toutes façons à vous soutirer quelques roupies à la fin du processus, sont eux aussi présents. Parfois, un faux Saint homme viendra vous bénir de cette poudre rouge sur le front avant de vous assaillir pour une donation, parfois, un scooter passera dans une flaque à côté de vous. Parfois, vous manquerez de glisser sur des tas de boue instables, parfois, vous serez tenté d’acheter à un prix beaucoup trop fort une babiole quelconque.

Pendant mes premiers pas, je n’en menais pas large. Je n’ai jamais été si perdu de ma vie. Perdu dans les ruelles, entre les échoppes, sous le regard des gens habitués au lieu. Perdu de qui était de confiance, et de qui allait me soutirer de l’argent. Perdu sur que faire, et que voir. Un tourbillon de couleur, d’odeurs, de sons nouveaux m’envahissait. A m’abriter des averses sournoises aussi violentes que courtes sous des porches lugubres, à slalomer entre les vendeurs à la sauvette, et les nombreux cahots de la rue.

Une sorte de folie, où on se perd complètement. Tous nos repères sont bouleversés, brisés, et dispersés aux 4 vents. Ce qu’on savait n’est plus. Tout est différent, si différent. Impossible de dire si c’est mieux, si c’est moins bien. On tourne en rond, on cherche une sortie, mais mystérieusement, on en veut plus, on en redemande. Comme une douce addiction. Et on s’aperçoit que l’idée n’était pas nécessairement bonne. Et on recommence à tourner en rond, en ignorant tous les « namaste » des chalands sur notre passage. On cherche une sortie, on passe par un petit encadrement grand comme une demi-porte, on ressort dans une cours intérieure présentant des stigmates d’un certain moment où la terre a tremblé un peu trop fort. Plus un bruit, le temps s’arrête. On regarde en l’air, et on se dit que si il recommençait de la même façon, alors la destruction serait encore pire. Puis on reprend un de ces couloirs très bas de plafond, on ressort vers la vie, le temps reprend soudainement son cours. Les odeurs reviennent avec force, le flux incessant des passants dans la boue réapparait.

A ce point, ma tête commençait à tourner. Trop d’informations, trop de nouveautés. Je regardais rapidement mon GPS pour sortir de là, et me casais une direction à suivre. Quand enfin est apparue la lumière bienvenue d’une grande rue, je me suis aperçu que j’avais débouché de l’autre côté du quartier. Un lieu qui nous fait facilement perdre tous nos repères…

Puis, retour à l’appartement, mes chaussures détrempées, vidé. D’énergie, de pensées. Thamel avait gagné cette fois-ci. Mais moi, je l’avais, d’une certaine manière, compris.

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