La vie du backpacker

Soyons honnêtes. Entre les Catlins, et le Nord de l’île du Sud, seuls quelques points sont incontournables, et donc bourrés de sites touristiques en tous genres. Se comptent simplement Oamaru, capitale autoproclamée du Steampunk et du retour dans le passé à l’époque victorienne, les Moeraki boulders, sortes d’énormes boules de pétanque venues du fond des âges et laissées là sur une plage, le Mont Cook, point culminant de Nouvelle-Zélande, et son escalier de 1,800 marches environ; le Lac Tekapo, pour son lac bien évidemment, mais aussi ses incroyables nuits étoilées, et enfin les Hanmer Springs, offrant l’opportunité de payer 20$ pour aller se prélasser dans toutes sortes de piscines différentes.

Mais aujourd’hui, je ne me sens pas l’envie de parler de cette région, que j’ai passée presque aussi vite que je ne l’avais fait sur l’île du Nord.

Non, aujourd’hui, j’ai envie de partager l’expérience que d’être backpacker sur le pouce. Voici ma journée typique :

  • 9 heures : réveil par les passages incessants de mes voisins de dortoir. Embrumé, je regarde l’heure, menant à deux cas de figure :
    – Il est réellement 9 heures. Je profite des quelques rayons de soleil éclairant la chambre pour réfléchir quelques secondes à ma journée, à ma route, à mon but. Ce qui est difficile sans carte à portée de main.
    – Il est en fait 9.50. Les yeux grands ouverts, je saute du lit, m’habille en vitesse avec les habits de la veille, fait mes sacs en lançant tout dedans, sort de la pièce en priant pour que je puisse au moins griller du pain. (Oui, parce qu’une nuit dure jusqu’à 10 heures. Au delà, on est considérés comme intrus.)
  • Petit déjeuner composé de pain de mie, ou de baguette faite main; ou encore de restes de Free Food, et d’un café. Avec un simili-Nutella. Avalé plus ou moins vite selon l’heure à laquelle le réveil s’est fait.
  • Mes deux sacs sur le dos, j’avance sur la route, vers mon premier point de hitchhike, sous les regards étonnés de certains passants (« Mais c’est quoi ces deux sacs avec des jambes et un chapeau ?! »). Au passage, repérage des magasins à proximité, on ne sait jamais, il peut être midi qu’on n’a toujours pas été pris.
  • Le pouce levé, les dents au vent à en attraper des sandflies, je regarde les voitures passer. 15 minutes plus tard, des pensées commencent à s’envoler envers les conducteurs qui nous passent devant, plus ou moins sympathiques. Il faut avouer que certains cas sont assez… Spéciaux. Parfois, c’est justifié (voiture pleine à craquer, ou tournant à la voie suivante), et d’autres fois, c’est juste de la mauvaise foi (mec seul dans un 4×4, ou encore dame seule dans sa voiture, et détournant le regard dès qu’elle capte le mien).
  • Une voiture s’arrête enfin. « Where ya goin’ ? Ok, hop on ! You need some help ? You got too much stuff ’round here ! » Non, je n’emporte que le nécessaire. Les sacs plus ou moins bien agencés dans la voiture, ou la camionnette, ou le camion, ou le van, ou le camping-car, ou le bus, on est partis, et échangeons les questions de base :
    -What’s your name ?
    -Where are ya from ?
    -How long are you in New Zealand for ?
    -And how long are ya gonna stay ?
    -And you like it ?
    -What have you done/seen so far ?
    Et après ça, généralement, soit la personne est loquace et intéressée, et la discussion continue, ou bien ce ne sont plus que quelques questions entrecoupées de silence sur tout le trajet. Ce qui n’est ma foi pas bien génial.
  • Arrivée à un croisement. Manque de bol, je vais de l’autre côté. Remerciement chaleureux, puis déchargement de mes affaires.
    C’est à ce moment qu’en général je regarde de tous les côtés, et me dis « Mais jsuis où, là ?! ». La réponse est généralement « au milieu de nulle part ». On le trouve partout en dehors des villes, ce milieu de nulle part. C’est généralement une route très peu passagère (un véhicule toutes les cinq minutes), bordée de champs en tous genres. Au bout d’un certain temps, après avoir fait mes plans pour trouver un lieu où installer mon hamac si jamais je ne trouve pas de lift avant la nuit, je chantonne, sort mon harmonica, et m’amuse tout seul, sous l’œil intéressé des quelques bovins derrière.Le temps passe. Je diversifie mes activités : jonglage avec des cailloux, tissage de brins d’herbe, sculpture sur bois, j’en passe. Puis, le temps suivant son cours, j’essaie de trouver un endroit confortable pour me poser. Une fois la position idéale trouvée, c’est exactement à ce moment qu’une voiture passe et s’arrête.
  • Après avoir encore remercié plus que chaleureusement l’être tant attendu, et avoir encore échangé les questions de base, je suis reparti, cette fois vers mon but.
  • Arrivée dans la ville, la même cérémonie à lieu. Je sors alors mon guide BBH (un réseau d’auberge de jeunesse pour lesquelles j’ai une réduction), et regarde où se trouve l’auberge de jeunesse la plus intéressante. Mais il est 15 heures, et j’ai faim. Aspiré dans le premier Fish and Chips, j’étudie plus précisément la géographie de la ville, et change d’idée si le backpacker est trop sur les hauteurs.
  • 17 heures : j’arrive dans l’auberge de jeunesse, et paie directement. Un petit tour des lieu, et je m’affale sur le lit. Si il n’est pas superposé. Et si il n’y a personne déjà dessus.
  • Vers huit heures, passage à la cuisine, lieu Ô combien au summum du social. La cuisine de l’auberge de jeunesse est la réponse à « est-il possible de faire cohabiter 15 personnes affamées et pressées dans 2m² ? » Se croisant dans tous les sens, des regards partant en direction des plats de chacun, avec des « ça a l’air bon ! » partant dès que le plat s’avère plus sophistiqué que des nouilles. L’ustensile mystère est le centre de cette agitation, mais différent pour chacun. C’est un ustensile prisé et rare, que toute personne sera forcée de chercher. Une sorte de bizutage de première nuit. Pour certains ce sera la passoire, pour d’autres la cuillère en bois, d’autres encore chercheront une assiette (ceux qui font des nouilles), ce à quoi on répondra gentiment et avec un grand sourire : « en face de toi ! ».
  • Puis vient l’heure de l’après repas. Pour certains ce sera lecture bien tranquille dans le lit, d’autres prépareront leurs plans pour les jours suivants (je préfère faire ça dans les dix minutes suivant mon réveil…), d’autres voudront absolument sortir en emmenant le plus de monde avec eux, certains passeront leur soirée à surfer sur internet ou jouer sur leur PC, et enfin les derniers, et ceux que je préfère, improviseront des jeux de carte avec des jeux composés de cartes provenant d’une dizaine de paquets différents.
  • Et enfin, lorsque l’heure vient, le sommeil. Plus le dortoir et grand, et plus on a la peur au ventre. Un seul ronfleur, et notre nuit est perdue. Toujours je me demanderais pourquoi ils viennent dormir dans un dortoir si ils savent qu’ils vont em…pêcher tout le monde dormir.
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Ne pas s’endormir, voilà la clé.

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« C’est bien là, le milieu de nulle part ? »

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