Des hauts et des (tas de) bas.

By 9 juillet 2015Autostop, Informations, Japon

En bref…

Plus d’articles pendant plus d’un mois, mais que s’est-il donc passé ?

Je vais tenter de répondre à ça, mais d’abord, contexte :

Dans ma géniale auberge de jeunesse de Sapporo, j’ai rencontré des personnes toutes aussi géniales qui ont suivi leurs rêves et leurs envies pour faire ce qu’ils voulaient vraiment faire. Leurs façons de parler, leur motivation inébranlable, leur confiance les uns envers les autres m’ont tout simplement demandé : « mais pourquoi diable veux-tu apprendre le Japonais ? ».  Au-delà de mon habituelle (et ô combien vraie) réponse : « parce que j’aime ça », je me suis rapidement aperçu que ce n’était pas, loin de là, dans mes projets. J’ai donc laissé tomber l’affaire, et l’école en même temps.

J’ai alors pris un PVT et un billet direct pour l’Australie, pays réputé pour son nombre de travaux difficiles mais payants, pour peu qu’on ait le courage de se lancer dans la recherche d’un emploi, et qu’on maîtrise un minimum l’anglais.

Et je me suis retrouvé là, dans mon auberge, au Japon, pays que je voulais voir depuis des années, en me demandant ce que j’allais faire du temps qui me restait dans ce pays dont j’ignorais tout.

Et c’est ici que j’ai eu une brillante et logique idée, qui s’est avérée, de par ma faute, sans doute, être une erreur monumentale : un tour du Japon en stop.

Erreur monumentale, sur un plan aventurier, et selon mes idéaux de voyage, non. Par contre, mentalement parlant, je me suis fait laminer par des lames de fond que je n’avais pas vu venir. Je réussis à reprendre mon souffle un temps, et une déferlante me ramène de nouveau sous l’eau. Bloqué, je continuais à avancer, mais rien n’avait de saveur. Chaque jour était plus difficile que le dernier, quand je sortais péniblement de ma tente montée à la va-vite sur un parking, sous un temps maussade, pour aller lever le pouce le long de cette bande grise devenue ma prison.

Mais je m’égare déjà.

Après être parti de Sapporo, et ayant rejoint Kyoto, à environ 1500 kilomètres de là, en trois jours, ce qui est un score plutôt honorable, je me suis dit : et maintenant, visite ! Sauf que, en Juin, au Japon, il existe quelque chose qui s’appelle Tsuyu. La saison des pluie. Je savais plus ou moins à quoi je m’attendais, mais… Après quelques jours, les 25°C sous la pluie, on s’en lasse.

J’ai alors avancé. J’ai détesté Kyoto, bourrée de touristes, où l’authentique ne se trouve que dans une petite boutique d’un quartier paumé, j’ai dormi avec des rennes à Nara, puis je me suis fait héberger deux jours chez un prêtre catholique qui avait fait le tour du monde en temps que missionnaire pour le pape, et qui me parlait en espagnol, et à qui je répondais en anglais. Puis au tour d’un prof d’EPS excentrique, vivant à 40 ans avec ses trois frères et ses parents, qui m’a emmené dans son école dans une voiture de sport au lendemain d’une soirée bien arrosée, et ensuite…

Les choses, les jours, les gens se brouillent, se mélangent. Je me vois ici, riant avec quelque japonais croisé au coin d’un endroit, puis là-bas, sur cette plage, sous la pluie battante, seul, à hurler au monde mon désespoir et ma stupidité… Puis je reprends la route, puis sourire de nouveau, et baffe mentale juste après. Chaque soir, la même routine, trouver un endroit où m’installer, à l’abri de la pluie. Un banc, un parking, à même le sol, que sais-je. De toutes façon, le lendemain sera le même.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pauvre bête ?

J’ai passé Shikoku. J’ai raté ma visite de l’île aux Chats, Aoshima (Nekoshima pour les intimes), en y restant trente minutes au lieu d’une nuit (pour ma défense, les instructions ne sont pas claires), puis je suis monté à Fukuoka où j’ai été hébergé dans une sorte d’église animiste, j’ai ensuite patienté 5 heures au bord d’une route où personne n’allait dans ma direction, et j’ai trouvé mon dernier ride à 10 heures du soir, puis suis ensuite arrivé sur Yakushima, où, faute de beau temps, de trop plein de matériel (quinze kilos, c’est trop pour une montagne, surtout quand on n’a pas le moral), et d’argent, je suis resté à me tourner les pouces pendant 5 jours après avoir payé 60€ de ferry.

Enfin, grâce à un Français que je ne remercierai jamais assez, j’ai passé cette dernière semaine dans une auberge de jeunesse pas trop chère, très sympathique au demeurant, où j’ai pu recharger mes batteries et retrouver des gens à qui parler.

En fait, deux points plombent énormément ma vision des choses : premièrement, la solitude. Pensez-y, je l’ai expliqué, dans mon guide : si vous ne parlez pas Japonais, ne vous lancez pas là-dedans pendant trop longtemps. Répéter les mêmes conversations simples aux mêmes personnes pendant quelques semaines d’affilée, ces mêmes personnes ne comprenant pas le but de votre démarche, et allant souvent jusqu’à s’apitoyer sur votre sort, ça fout le moral en l’air. Il ne m’est pas possible d’avoir des conversations autres que superficielles, et au bout d’un certain temps, ça devient extrêmement difficile.

Mon second ennui, c’est l’argent. Pour avoir dépensé quelques 800€ en trois moins au Japon, et seulement en nécessités (et encore, je me suis fait plaisir sur certaines choses), je peux honnêtement dire qu’il est alors difficile de profiter à fond de ce pays.

Tout est urbanisé, et le mode de vie des japonais n’inclut pas le voyage, de manière générale. Alors, profiter de ce que le pays peut nous offrir dans ces conditions et avec ce mode de voyage, c’est, pour moi, une chose inaccessible.

Maintenant, est-ce que je regrette mon choix ? Peut-être aurais-je dû faire un tour de Hokkaido en stop, mais ça aurait sans doute retiré tout le charme du voyage. Peut-être aurais-je dû rester à Sapporo, mais je m’en serais voulu de n’avoir rien visité. Par contre, je suis persuadé que prendre un mois et demi pour voyager dans ces conditions, c’était beaucoup trop.

On apprend de ses erreurs, après tout. Et j’ai tout de même rencontré des tas de personnes aussi différentes que formidables.

Maintenant, je mets le cap sur Tokyo, que je dois rejoindre en 5 jours, toujours en stop. Mais maintenant, j’ai une meilleure perspective des choses, et un projet à réaliser !

Une réaction ? Une question ? N'hésitez pas à commenter !