Terminus, Sapporo

By 21 mai 2015Carnet de Route, Japon

Jour 6 : Hakodate – Sapporo

Un matin comme les autres, sans doute trop simple. De mon étrange auberge de jeunesse, je m’élance vers ma dernière journée de route, de Hakodate à Sapporo, mon but ultime.

Ayant cette fois tout planifié bien à l’avance, ou du moins mon point de départ pour ma journée en stop, je prends un train qui s’en va tranquillement dans la banlieue un peu plus reculée.

Station de Onakayama, où je trouve difficilement un endroit où me poser, et finit par atterrir quelques kilomètres plus loin, dans la ville de Nanae, d’où je prends alors mon envol pour aller jusqu’à…. Onuma, encore quelques kilomètres plus loin, sur une route qui, selon ma conductrice, était la route suivie par tout le monde pour aller vers Sapporo. Sachant qu’on avait quitté la route principale pour arriver ici, je n’aurais absolument pas parié là-dessus.

Bref, j’attends, près d’un combini, quand soudain quelqu’un s’arrête pour me dire que Sapporo, c’est de l’autre côté, plus vers la route principale. Incompréhension subite, on m’aurait menti ? Au Japon ?! Je décide de rester tout de même dans cette direction, juste pour être sûr. Et, heureusement, quelques temps après, quelqu’un s’arrête et me propose de m’emmener jusqu’à Sapporo.

Et c’est parti pour quelques heures de route le long des plaines et des montagnes d’Hokkaido, incroyablement différents du reste du Japon. Les forêts, les passes se succèdent, et pourtant, pas une ville, pas une présence humaine à l’horizon. Nous passons un moment, vers le coucher du soleil, proche du Mont Yotei, perle d’Hokkaido, dont la forme quasi symétrique n’est pas sans rappeler le Mont Fuji. Son sommet enneigé nous suivant pendant quelques minutes, nous arrivons alors dans une zone de plus hautes montagnes. En mai, des mètres de neige sont encore présents, et recouvrent la région. Je sais que l’hiver par ici est rude et très enneigé, mais en être témoin fait tout de même prendre conscience de l’ampleur de la chose !

Et, enfin, à la nuit tombée, nous arrivons dans les rues de Sapporo, où le couple qui m’a emmené aussi loin m’offre alors un repas dans un magnifique restaurant possédant des barbecues au milieu des tables, pour tester une des spécialités locales, le Genghis Khan, une viande d’agneau ayant subi un traitement que je n’ai pas compris.

Puis, après quelques photos et remerciements, nous nous séparons, et je prends le métro le plus proche pour le centre ville. Susukino, Sapporo. Lumières. Partout, dans tous les sens. Pubs de bières, de bars, de karaokés. Mais sans le bruit insupportable de la ville de Tokyo ! J’ai cette fois pu m’attarder un temps sur le spectacle, tellement rare en Normandie !

Puis je repense à ce pourquoi j’étais même à Sapporo : je n’ai plus que 100 yen en poche, et je dois trouver très rapidement un distributeur international. Banques : fermées. Combinis : locaux. Je marche de plus en plus vite, légèrement angoissé (il fait froid, la nuit), jusqu’à la devanture d’un 7eleven, clamant haut et fort son amour pour les étrangers. Du moins, c’est ce qu’il m’avait semblé.

Et puis pan, pour une fois, je lis le truc en entier : tous les 7eleven du pays sont dotés de ce genre de distributeurs… Pour une erreur, c’était plutôt ennuyeux.

Mais bon.

Mes yens tout frais en poche, je cherche un lieu où dormir pour la nuit, et je m’arrête sur une des expériences situées sur la « to do list » de chaque étranger un tant soit peu aventureux de découvrir la couleur locale. Le Capsule Hotel.

Qu’est-ce ? Eh bien, son nom le décrit plutôt bien. C’est un hôtel, avec des capsules. Plus d’informations peut-être ? Bon. Créés à la base pour les travailleurs (salarymen) rentrant trop tard (ou étant trop ivres, ça va de soi) le soir pour revenir chez eux, ces hôtels assez originaux, pratiques et peu chers ont fleuri dans le centre des grandes villes. Ils consistent en plusieurs étages de capsules, chaque étage comportant presque une soixantaine de « chambres ». Ces chambres, elles ne sont pas grandes. En fait, il faut faire 60 centimètres de haut pour s’y tenir debout. Elles possèdent une radio, une télé (avec une dizaine de chaînes, parmi elles au moins une ou deux pornographiques, pour déstresser, sans doute), un matelas, et puis… Ah, un radio réveil.

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Vous pensez que Neo a vu ça en sortant de la Matrice ?

Dans le prix, est aussi compris l’accès à une salle de bain comportant un petit sento (un bonheur), diverses salles de repos et de divertissements, et une cuisine. Ah, et aussi un petit déjeuner « Do It Yourself », qui m’a fait tester le natto pour la première fois de ma vie. Et je ne dirais pas un mot de cette histoire : le natto est un secret bien gardé.

Et ensuite, les jours se sont suivis d’une manière bien étrange : d’abord, j’ai demandé pour travailler comme helper dans une grande auberge de jeunesse du centre ville. C’est après avoir essuyé un refus, pour le job et pour la nuit, que je me suis aperçu d’une chose : la Golden Week, c’était maintenant. Une semaine de vacances nationales, Hokkaido étant une destination privilégiée, je n’aurais pas plus mal tomber.

Heureusement, l’auberge m’a redirigée vers une autre auberge, excentrée, qui avait besoin d’aide, mais une semaine plus tard. Et qui n’avait pas de place non plus. Je me suis alors retrouvé dans une situation précaire chaque jour, dormant successivement chez une âme charitable, dans une auberge de jeunesse où l’âme charitable travaillait, puis dans un autre manga kissa, absolument terrible cette fois (cher, sans connexion internet pour mon PC, sans douche, rien), et enfin pendant trois jours dans un couchsurfing très sympathique, hébergé chez un couple d’étudiants heureux de partager leurs expériences et leurs bons plans.

Puis, à l’issue de ces trois derniers jours, je me suis orienté vers l’auberge de jeunesse où je commençais à travailler le lendemain.

Et c’est ici que ma route vers Hokkaido s’arrête. Pour être tout à fait honnête, si j’avais su plus tôt à propos des 7eleven, je ne me serais pas autant pressé, j’aurais sans doute fait plus de rencontres, découvert plus de choses… Mais pour le moment, je n’ai pas l’envie de repartir de cette façon, j’ai sans doute besoin de plus de liberté pour faire un tour d’Hokkaido avant de commencer mes études à la JLI.

C’est aussi ici que le blog doit prendre un tournant radical. Si bien écrit que ce soit, récurer les toilettes et changer les draps ne constitue pas une base scénaristique suffisamment intéressante ! Mais je ne vous abandonne pas, je ferais de mon mieux.

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