Sur la route des fleurs.

By 16 mai 2015Carnet de Route, Japon

Jour 4 : Yamagata – Aomori

A peine réveillé, ou poursuivi par le sommeil, c’est dans un combini que j’attends que le soleil monte dans le ciel suffisamment haut pour reprendre ma route.

Direction le train, puis la station Higashine, à équidistance de deux routes très passagères. Une aubaine ! Enfin, sur la carte.

Bref, arrivé dans cette ville aux allures de far west, la chaleur montante et l’herbe séchée en rajoutant encore au paysage, je m’avance vers la route qui me semble la plus propice pour avancer. Et, forcément, surprise : pas un seul endroit propice pour l’autostop. Pas un croisement, pas une entrée suffisamment grande pour que les voitures puissent s’arrêter sans danger. Je tente tout de même ma chance, pendant trente minutes, puis, par dépit, avance jusqu’à la ville la plus proche, environ trois kilomètres plus loin, pour m’installer sur un combini. Je les aime bien, ces petits magasins !

Quelques temps après, un client du magasin, au look de surfer, me fait signe de venir. Enfin, de l’air frais ! Climatisé, mais frais ! Nous avançons alors vers ma destination du jour, qui, au vu de mes économies, est située loin au Nord, environ.

Au bout d’un moment, nous dévions de la route, pour faire un ohanami (お花見) (littéralement, regarder les fleurs), pas de sakura cette fois, mais de pruniers, magnifiques en cette saison. C’est d’ailleurs assez amusant de voir que les écoles maternelles du coin se servent de l’évènement comme d’une sortie scolaire. C’est d’ailleurs aussi dans ce genre d’endroit qu’on s’aperçoit de la rareté des étrangers dans cette région. Le regard incroyablement insistant des enfants est toujours une expérience déstabilisante, surtout quand on voit que les professeurs les imitent, mais tournent la tête quand ils remarquent que je les regarde.

Bref, c’est avec une centaine de regards silencieux braqués sur moi que j’avance dans le parc, vers une cabane où mon conducteur parle rapidement de moi avec les quelques personnes âgées y restant la journée. Après une courte discussion me concernant apparemment, ils décident de nous offrir des brochettes composées d’une sorte de pomme de terre, à tremper dans le karashi, une sorte de moutarde faisant passer celle de Dijon pour de la crème fraîche. Ces patates avaient d’ailleurs un goût de poisson, comme quoi…

Quelques photos plus tard, nous reprenons la route, et je me vois déposé dans un coin que je catégoriserais comme « bien paumé ». Un lieu parfait pour le stop, si seulement des voitures y passaient ! Bon, je l’avoue, je suis mauvaise langue. Après une attente d’une durée indéterminée, une voiture s’arrête, une demoiselle à la carrure assez forte dedans, et m’emmène jusqu’à Akita, dans une gare routière située avant la ville. Mais sans possibilité de faire du stop pour les voitures sortant de la gare et celles prenant la route.

Décidé à utiliser mes pieds jusqu’au bout, je continue à marcher vers un endroit plus propice, d’où je fais un bond jusqu’à un supermarché, à la tombée de la nuit. Mon objectif s’était alors fixé sur Aomori, située à la pointe Nord de Honshu, quelques longs kilomètres au Nord de ma position. Pour faire simple : le soir tombe, le soleil aussi, je suis à environ trois heures de route de ma destination. Si le prochain qui s’arrête ne m’emmène pas jusqu’à Aomori, je suis sincèrement dans une mauvaise situation.

Mais, coup de bol ou pas, un gars s’arrête, me disant qu’il allait prendre des photos du château de Hirosaki, à une heure au Sud d’Aomori, l’endroit étant couvert de Sakuras  en fleur. Et c’est parti pour deux heures de route jusqu’au château, situé au centre d’un parc magnifique, et couvert de pétales roses et blanc. L’atmosphère est magique, mais la fatigue accumulée ne me permet pas d’en profiter autant que je ne l’aurais voulu.

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Jeux de lumières…

 

Et puis nous repartons, vers Aomori. Aomori ? Il ne s’arrêtait pas à Hirosaki, mon conducteur ? Eh bien si. Mais, gentillesse japonaise oblige, c’est à ma destination qu’il me conduit, Aomori, dans un manga kissa. Encore plus dingue, à cette heure tardive, presque minuit, ce gars s’est autorisé un détour d’environ deux heures, avant de rentrer chez lui, à trois heures de route d’Aomori…

Il me dépose donc devant un manga kissa, et après de nombreux remerciements de ma part, repart chez lui.

Manga kissa, j’en parle depuis tout à l’heure, mais qu’est-ce, en gros ? Et bien, très simplement, c’est une grosse librairie de mangas, possédant aussi des ordinateurs et autres consoles de jeux. Mais pourquoi la nuit ? Doucement, avec les questions ! Les manga kissa ont cette particularité d’être dotés de box, soit au fond matelassé, soit possédant une chaise assez confortable, et un PC doté d’une connexion internet. Les tarifs sont extrêmement compétitifs, généralement payés à l’heure, on peut y commander de la nourriture, et les boissons et glaces y sont servies à volonté.

Une sorte d’oasis de repos pour le voyageur geek que je suis.

Revers de la médaille cependant, le nombre d’ordinateurs fonctionnant simultanément obligent une aération puissante et bruyante, et les lumières restent allumées toute la nuit. De plus, les box ne sont pas faits à la base pour y dormir, et encore moins pour des personnes dépassant 1,80m… Une mauvaise nuit dans un endroit génial, si je pouvais décrire cette première expérience !

Jour 5 : Aomori – Hakodate

Une journée simple, et reposante dans le tumulte de cette ruée vers le Nord. Après avoir pris le bus à Aomori vers le terminal du ferry, je me lance pour une traversée du détroit de Tsugaru, le tout couché sur la moquette d’un énorme dévoreur des mers, glissant sur la mer la plus tranquille que j’aie vue depuis longtemps. Coup de chance, sans doute.

Puis, arrivée à Hakodate. Première impression, il caille. Beaucoup. Puis, seconde pensée, il est six heures du soir, où vais-je dormir ? Dans ces circonstances, dormir dehors m’est totalement impossible.

C’est alors qu’un employé du terminal s’est avancé vers moi, me demandant si je savais où dormir. A ma réponse négative, il s’est alors fait une mission de me trouver un hébergement pour la nuit. Après une brève recherche, et des difficultés de compréhension sur mes demandes, c’est dans une sorte d’auberge de jeunesse à 1,700Y la nuit que mon choix va se poser.

Après avoir pris un bus sous l’œil inquiet de mon bienfaiteur, je m’arrête près du parc Goryokaku, le centre de la ville, pour environ un kilomètre de marche. Je regarde dans le ciel, et vois une sorte de tour de contrôle. Allons bons, ai-je pris la bonne direction ? Puis plus je m’avance vers le parc, et plus je m’approche de cette tour de contrôle. Et quand enfin je peux en voir la base, j’écarquille les yeux devant le spectacle se déroulant devant moi : ces centaines, que dis-je, des milliers de sakuras en fleur, et en dessous des groupes de jeunes buvant et riant à côté de leurs barbecues. Une atmosphère géniale et détendue, caractéristique des matsuris japonais.

Mais je ne peux pas en profiter pour le moment : je dois aller jusqu’à mon auberge. Après avoir tourné en rond pendant quelques heures à la recherche d’un spot de WiFi gratuit pour pouvoir accéder à un plan de la ville, prévoyance oblige, je trouve enfin mon chemin dans le dédale des rues.

J’entre dans l’auberge, retire mes chaussures, dépose mon sac et écoute pendant quelques secondes le silence ambiant. Je suis bien rentré au bon endroit ? J’explore plus en avant. Sur le sol, couché sous une table couverte de bouteilles d’alcool et enroulé dans une couverture, un vieillard dort la bouche ouverte.

Plein de questions tournent dans ma tête. Mais bon. Je décide de le bousculer un peu. Il se réveille, me regarde étrangement quelques temps, d’un œil endormi, puis semble se rappeler du message qu’il avait reçu précédemment. Plus de doutes, c’est bien à lui qu’appartient le dortoir. Un endroit pittoresque, si je puis dire…

La soirée se déroule ensuite sans accroc majeur, celui avec qui je partageais le dortoir m’offrant un repas en chemin, puis petit tour du magnifique Goryokakku koen de nuit, les sakuras plus au rendez-vous que jamais.

Jeux de couleurs...

Jeux de couleurs…

Trouvez l'OVNI.

Trouvez l’OVNI.

Puis, à bout de forces, je rentre à l’auberge. Demain, je touche Sapporo.

Join the discussion 2 Commentaires

  • Claire dit :

    Est-ce que c’est beaucoup 1,700Y ?
    Sinon, merci pour ce texte magnifiquement écrit et ces superbes photos !

    Ta cousine

    • Solomai dit :

      1,700Y, c’est pas grand chose. Dans l’état actuel des choses, je dirais que ça fait environ 14€…

      Merci pour le compliment, cousine. 🙂

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