3 mois à Katmandou, le point

By 14 juillet 2017Carnet de Route

Allez. Aujourd’hui marque le dernier jour de mon aventure népalaise.

Moi qui pensais en avoir vu beaucoup, je pense que ce voyage aura eu la faculté de prendre cette certitude, la rouler en boule, et ma la jeter à la tête en rigolant.

Pendant deux mois après mes premiers pas au Népal, j’ai détesté l’endroit. Mais pas détesté comme on déteste quelque chose ou quelqu’un, non. Détesté juste pour le plaisir. Sans savoir, sans chercher à comprendre. A rester dans mes idées. A comparer, sans arrêt, à ce que je connaissais déjà. Et c’est une erreur, une erreur horrible, que de comparer Katmandou à ce qu’on connaît déjà.

Katmandou, c’est une entité à part entière, une sorte de planète, de lieu régi par ses propres lois. Rien n’est censé y fonctionner, quand on la regarde. Le service public est lamentable, la pollution et la pauvreté sont presque à chaque coin de rue. La poussière crée un brouillard permanent et même dangereux dans certaines parties de la ville. Et pourtant.

Et pourtant, tout fonctionne, sans faille, sans plaintes. Les gens d’ici ne se plaignent pas. Ils savent, ils font avec. Ce n’est pas du courage, ce n’est pas du déni. C’est simplement que les choses sont ainsi, alors pourquoi tenter d’aller contre le courant ? Ké Karné, comme on dit ici.

hommes achetant des chaussures à ratna park, katmandou

Une scène nocturne habituelle.

Et pourtant, j’ai passé des jours à me lamenter, à aller comme un robot au boulot, pour en ressortir de la même manière, regardant avec indifférence le spectacle incroyable qui s’offrait à moi à chaque seconde. Les vaches dans la rue, la danse des voitures qui réussissent à se croiser dans tous les sens sans jamais se rentrer dedans, les types passant leurs journées sur le perron de leurs lieux de vie, les couleurs et les visages des femmes, les vendeurs de rue, les sourires des gamins quand je répondais à leurs « Hello » enjoués. Perdu dans des pensées noires, noyé dans un choc culturel que je ne comprenais pas. A tel point qu’à un moment j’ai, encore une fois, eu l’envie de tout foutre en l’air, de rentrer en France et de dire « bye bye Népal, tu ne me corresponds pas, et tu ne me manqueras pas ». J’ai cherché des raisons. Et j’en ai eues. Des bonnes, des mauvaises. Mais pourtant, elles ne m’appartenaient pas, ne faisaient pas partie de ce que je pensais. De ce que je ressentais. Je voulais juste me donner une raison d’abandonner.

Et grâce aux mot de certaines personnes, il y a un mois et quelques de ça, j’ai enfin vu la lumière. Le bout du tunnel. Et quelle sensation c’est, que de se réveiller d’un cauchemar, et d’apprendre à apprécier le monde autour de soi ! Alors, d’un coup, j’ai eu l’envie d’explorer le pays, et les opportunités n’ont eu de cesse de se bousculer. Après la visite de la Poon Hill, m’ayant fait un bien fou, je suis parti visiter les environs, les endroits accessibles à quelques heures de route à peine de Katmandou, ce qui équivaut à, en général, environ 20 kilomètres.

Des lieux à la culture démentielle, à l’architecture atypique. Des lieux au calme infini, à la population tellement calme et bienveillante. Sortir de la ville m’a permis de changer ma perspective sur le pays. Pendant les longs voyages en bus, accoudé au rebord de la fenêtre, je voyais défiler les paysages. Les vallées couvertes de champs en terrasses, les petits villages de passage, les villes-marchés. Je surprenais le regard des badauds, étonnés de la présence d’un occidental dans un bus inconfortable, lent et bondé au point que la porte devait rester ouverte pour que tout le monde puisse rentrer. Des vieilles au sourire édenté, des gars au regard furtif, des jolies filles, des gamins apeurés mais tellement curieux. Ces voyages en bus, c’était mon ticket pour un autre monde, et un autre Népal. Un plongeon, pieds joints, dans une culture à laquelle je n’avais pas donnée l’importance qu’elle méritait.

Et sur place, je découvrais la vie du Népal. Celle des bouddhistes dans leurs temples, celle des travailleurs des rizières et autres fermiers. J’ai alors vécu des expériences mémorables, comme participer à la prière des moines du temple de Namo Bouddha, me perdre dans la campagne népalaise sous un soleil de plomb, et me faire aider par des locaux incapables de comprendre un mot d’anglais, planter du riz en compagnie des travailleurs et fini la soirée avec une bonne bouteille d’alcool local. J’ai pris des pentes raides sur des routes de terre et de pierres, en moto et sans casque, ou fait un trajet en bus dans l’escalier d’entrée, accroché à la porte, dans une position d’équilibre précaire, pendant que l’engin déboulait en klaxonnant à tout va dans des virages, le long de précipices.  Simplement comme ça, en changeant de façon de penser, de voir les choses. En arrêtant de comparer et en profitant de l’instant, simplement.

travailleurs dans une rizière à balthali, népal

Prendre part à la vie locale…

Enfin, pour cette dernière semaine, j’ai redécouvert Katmandou. Ses odeurs si particulières. Son charme bizarre, et son magnétisme. Et j’étais presque content de revoir Thamel, ce lieu qui m’avait hanté, presque traumatisé lors de mon premier passage. J’étais content de repasser là-bas, un jour de pluie, à me faire agresser par les odeurs, les sensations, et les arnaqueurs. Et de me dire que maintenant, je comprends tout ça. Qu’il suffit de se laisser emporter par l’endroit, que tous les gens qui me parlent ne veulent pas forcément m’arnaquer. Et que si ils le veulent, je peux toujours les rembarrer avec le sourire.

En conclusion de ce voyage, je dirais que je ne me suis jamais pris une telle baffe de ma vie. Katmandou est une ville qui a su me remettre les idées en place, et même si je ne la porte pas dans mon cœur, je suis heureux d’avoir pu y passer un temps. Elle a su changer ma définition du voyage en tant que tel, et me donner de meilleurs perspectives. Et aujourd’hui, je me retrouve à rester sur ma faim. Je n’ai vu qu’une toute petite partie de ce pays profond et passionnant. Je n’ai pas vu les hautes montagnes, je n’ai pas vu les jungles. Je n’ai pas pu rencontrer les Sherpas, ni les anciens tibétains du Mustang. Je n’ai pas vu de yak, ou d’animal représentatif de l’Himalaya. Mais est-ce que j’en suis déçu ? Non. Définitivement pas.

Alors, simplement, un jour, il me faudra revenir. En attendant, porte-toi bien, Népal. Apprends de tes erreurs, comme j’ai pu apprendre des miennes, pour le mieux.

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