Le jour le plus long

Jour 3 : Sendai – Yamagata

Réveil à Sendai, le jour levé, près de la rivière où j’avais élu domicile le jour précédent. Frigorifié, je range ma tente et vais chercher le point de sortie de Sendai ayant le plus de chances de fonctionner.

Je jette alors mon dévolu sur le lieu au Nord de ma position, Izumichuo, d’où la rocade contournant la ville rejoint une autoroute allant vers le Nord. Trois kilomètres à pied sous les premiers rayons du jour, qui s’annonce très chaud. Je m’installe près d’une station service, écris le nom d’une ville sur mon ardoise et attend. Une heure, deux heures… Les voitures défilent, tournent à la station essence, passent en trombe devant moi. Mais hélas, aucun signe de véhicule comptant s’arrêter. Il est 8 heures du matin, les gens qui passent ici partent au travail, et je me rend compte trop tard de mon erreur. Dépité, je repars d’où j’étais venu, et recommence ma marche de trois kilomètres en sens inverse vers la station de métro, pour cette fois prendre le train vers l’Ouest de la ville.

Direction Kuzuoka. Je prends le train jusqu’à une petite gare perdue sur une aile de la ville, où une boîte au lettre sert de collecteur de tickets. La chaleur matinale commence à être sévère, je dois me presser.

Un kilomètre, puis deux, puis trois sous un soleil de plus en plus brûlant. J’aurais tout de même pu choisir un petit peu mieux mon point de départ, moi !

J’arrive alors sous un pont, les pieds en compote, à la croisée de deux routes principales, le point que j’avais visé. En sueur, je traverse la route vers un petit renfoncement du bas côté, et je tends le pouce vers de nouveaux horizons. Le feu passe au vert, et la première voiture qui s’était avancée s’arrête près de moi et me fait signe. Ça valait la marche en plein soleil, finalement ! Une famille de trois personnes, le père, la mère et la fille, sort de la voiture. Après une discussion difficile, il s’avère que je faisais du stop vers la mauvaise direction. Eux allaient vers des onsen (des bains d’eau réchauffée par l’activité géothermique de la zone), vers le Sud.

Maintenant, dans la logique (du moins la mienne), ce scénario aurait deux solutions possibles :

  1. Je remercie ces gens de s’être arrêtés pour m’indiquer la bonne direction, et chacun repart de son côté.
  2. Je change mes plans, et pars avec eux vers le Sud, parce que pourquoi pas.

Et, à mon grand étonnement, c’est le 3., poussé par la gentillesse excessive des Japonais, qui a pris le pas : cette gentille famille a décidé, pour m’aider sans doute, à changer complètement ses plans pour la journée, et me porter à Yamagata. J’avais du mal à y croire quand ils m’ont fait part de cette décision, mais ça ne les dérangeait apparemment pas.

Bref, je suis sur la route vers Yamagata, avec trois personnes extrêmement sympathiques, et faisant de gros efforts pour communiquer du mieux possible avec moi.

On traverse de nombreux paysages, et après les montagnes, d’énormes champs de cerisiers, à perte de vue, se succèdent. Je demande quel est cet endroit, et apparemment, c’est le centre de la production fruitière du Japon. Pèches, prunes, cerises, il y en a pour tous les goûts, et la main d’œuvre est apparemment nécessaire à la période de la récolte. Pour qui supporte la chaleur, le job de fruit picker est apparemment accessible au pays du Soleil Levant !

Puis, on dévie de l’itinéraire normal. Je ne comprend pas ce qu’il se passe, mais mes questions trouvent bien vite réponse : on est devant un restaurant, apparemment assez connu dans la région, produisant d’excellentes nouilles soba. Et on me l’offre, ce restaurant. Une fois de plus, je ne sais quoi dire si ce n’est remercier ces personnes qui ont tant fait pour moi !

Enfin, on s’arrête dans une gare routière près de Yamagata. La famille ne va pas plus loin, le retour vers Sendai prenant du temps. Non sans m’offrir une dernière chose à manger, ils me laissent là, encore étonné de ce lift incroyable.

Il est deux heures de l’après-midi. Le soleil est à son point le plus haut, il fait 32°C, une chaleur sèche et lourde. Je décide de m’arrêter pour deux heures, en attendant que ça redescende.

Après deux heures à ne rien faire si ce n’est lire un excellent bouquin, les pieds dans un petit onsen, je reprends la route. Quelqu’un s’arrête très rapidement, et m’emmène directement dans un onsen, à ma demande.

Et je me dois de décrire cette expérience purement japonaise : un onsen, comme je l’ai expliqué précédemment, est une sorte de bassin où coule de l’eau réchauffée par l’activité géothermique particulièrement intense du Japon. 350¥, et on entre dans une pièce où il faut se déshabiller entièrement. De petits casiers sont à disposition pour ranger les serviettes et autres rasoirs. On passe ensuite dans la salle du bain. D’un côté sont des rangées de douches, possédant leur tabouret et leur cuvette, et de l’autre, le bassin d’où s’élève une vapeur attestant de la chaleur du lieu. Il faut absolument être propre avant de rentrer dans le bassin, ce qui se fait selon un rituel à base de cuvettes que je n’ai pas vraiment compris.

Une fois propre, on rentre un doigt de pied dans le bain, et on le ressort bien vite. C’est quoi ça ? On le retrempe, pour vérifier. Il ressort de lui-même. Un gros effort de volonté, on trempe une jambe, on s’assoit. La sensation est alors très, très étrange, à mi-chemin entre la détente extrême et l’impossibilité d’aller plus loin. Puis on se sent prêt à plonger en entier. On cuit alors à la vapeur. La chaleur est extrêmement agréable, mais en même temps le moindre mouvement est douloureux tant l’eau est chaude. A peine 45°, ça devrait être simple, pourtant… J’aurais finalement choisi un endroit sur le sol, où coulait un filet d’eau ininterrompu, où j’aurais passé 45 minutes sans pouvoir bouger. Très bonne expérience.

Puis je ressors, et m’en vais vers la ville, pour trouver un endroit où dormir. La nuit promet d’être fraîche, et je n’ai pas envie de réitérer mon réveil de la veille. Je vais alors dans un grand magasin, ouvert 24h/24, possédant dans un recoin une zone détente, composée de matelas. Pourquoi pas, après tout ? Et puis, j’aurais découvert un nouveau moyen de dormir au Japon, jamais vu sur Internet !

Je dors d’un œil quand on vient finalement me réveiller : la zone détente ferme à 23h… Embrumé, je me relève, esquisse un « oh mince », prend mon sac et m’enfuis sans demander mon reste. J’erre alors dans Yamagata pendant la nuit, à la recherche d’un endroit confortable. Suivant le cours d’une rivière, lieu réputé pour être bordé de ponts, je trouve finalement un endroit convenable où je m’arrête un temps pour savoir si ça pouvait être mon dernier arrêt. Mais le froid s’avérait bien trop fort, et mon sac de couchage était d’une inutilité flagrante. Après une demi-heure à grelotter, je repars en quête d’un endroit où dormir. Un banc, trop froid. Des toilettes publiques, même pas en rêve. Rien d’ouvert, rues vides. Je pose alors finalement mon tapis de sol sur le filet d’un jeu pour enfants, à l’abri du vent, où je somnole quelques minutes avant que les premières lueurs de l’aube ne percent au dessus des montagnes défilant à l’horizon. Une nuit horrible, mais possédant un avantage indéniable : je suis en avance pour faire du stop, ce matin-là.

Un lever de soleil sur la ville endormie...

Un lever de soleil sur la ville endormie…

Finalement, encore un post plus long que prévu, je vais finalement segmenter ça en trois parties, voir quatre, et tenter de faire une petite synthèse sur ma courte expérience d’autostop au Japon !

 

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